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De la Chlorpromazine aux antagonistes NMDA, explication de la schizophrénie par la psychopharmacologie : Deuxieme partie

 Kétamine, « K », « Vitamine K », …

« K-Hole.

« Tous les utilisateurs de K en ont entendu parler, sans forcément le vivre. Personnellement, ça m’était déjà arrivé une fois,  j’avais vécu cette nuit-là une expérience effrayante et déstabilisante à laquelle je n’étais pas du tout préparée…

« Depuis, j’étais restée méfiante et hyper prudente avec cette substance, n’en prenant plus qu’occasionnellement et à des doses où je gardais toujours plus ou moins un certain contrôle.

« Ces dernières semaines cependant, j’ai eu l’occasion d’approcher le produit d’un peu plus près.

« Il me restait un peu du demi gramme de ké que j’y avais reçu. J’en tape une ligne ou deux, mais ne ressent pas les effets escomptés, vu la tolérance. Un peu déçue mais résignée, je vide le pax sur un plateau et propose aux deux potes avec qui je suis venue de taper avec moi. Je fais donc trois lattes, de taille normale (ouais, je sais, c’est vague). Mais entre temps, un de mes deux potes se désiste. Bien envie de me taper sa latte en plus de la mienne. Rapidement, je pèse le pour et le contre: ok, c’est un coup de tête, ok, c’est de l’abus ; mais d’un autre côté… j’suis dans la baraque d’un pote, entourée de gens de confiance, posée confortablement et en sécurité, le « pire » qui peut m’arriver c’est de comater 30min et de faire un aller-retour au pays du k-hole. Allez hop, assez tergiversé, sniiif et re-sniiiiff. Alea jacta est.

« Assez vite, je sens un voile cotonneux assez épais m’entourer. Je sens que j’ai forcé la dose, j’sais que j’suis partie pour le k-hole, mais j’ai pas peur, j’suis détendue, je me laisse aller sans la moindre angoisse. J’me pose plus confortablement, je laisse mes pensées divaguer, mes yeux se ferment tout seuls. Je suis couchée sur un matelas, ma tête posée sur un oreiller, mais progressivement le décors s’efface, j’ai de moins en moins conscience de ce qui m’entoure. J’me concentre sur les sensations que j’éprouve. Mon corps n’est plus qu’une masse lourde qui m’emprisonnait et dont je peux enfin m’échapper. J’ai l’impression que mes membres sont lentement étirés, comme par une force invisible, et que cet « écartèlement » (le mot est beaucoup trop violent, alors ça se passait tout en douceur) me permet progressivement d’élargir le champ de ma conscience. Au fur et à mesure que cette expansion se poursuit, j’ai l’impression que des petits bouts de moi se détachent, que je m’effrite à partir des extrémité. Un processus lent (bien que la notion du temps ait complètement disparu, je ne perçois pas le phénomène comme rapide, même si sur le moment ça n’a aucune espèce de pertinence), où cours duquel mon corps laisse progressivement la place à mon esprit, libéré de cette contrainte charnelle.

« Je » n’existe plus, ou si peu.

« Je suis baladée dans un monde étonnement complexe fait de patterns géométriques colorés ultra-structurés. Un monde hyper froid, gigantesque, sans aucune vie, juste une mathématique implacable. J’ai l’impression de me retrouver face au secret du monde, mais je n’y comprends rien, son sens me dépasse et m’échappe complètement. Je ne cherche d’ailleurs pas à comprendre quoi que ce soit, je profite du voyage, me laisse porter par l’expérience là où elle voudra m’emmener. A cet égard, je me souviens avoir eu l’impression de m’être embarquée dans une énorme attraction à sensation forte, assise dans une wagonnette qui file sur des rails. Même si l’immensité des étendues que je traverse m’effraye un peu par moment, je n’ai qu’à me souvenir qu’une barre de sécurité m’empêche de tomber à tout jamais dans ces ténèbres, et que tôt ou tard, le manège prendra fin. Cette simple pensée suffit à me rassurer et je peux à nouveau me laisser complètement aller…

 » A un moment, je lève la tête et me rend compte avec surprise que je suis exactement au même endroit de la pièce où j’ai tiré mes deux lattes. « Oh putain mais j’suis toujours là, j’ai pas bougé de là, en fait? »   »

La kétamine est une molécule utilisée principalement comme antihyperalgésiant en anesthésie, ses propriétés antalgiques étant de diminuer l’intensité des « pics douloureux » par exemple lors du transport d’un patient polytraumatisé, en association aux morphiniques. Elle est intéressante (qu’un anesthésiste me contre dise si je dis des choses fausses), car elle n’induit pas de dépression respiratoire et peu par conséquent être utilisée sans nécessité d’intubation.

D’un point de vue psychopharmacologique, il s’agit une molécule antagoniste des récepteurs NMDA au glutamate.

Le glutamate est considéré comme le deuxième « interrupteur du cerveau » : schématiquement, le GABA inhibe les neurones tandis que le glutamate les excitent. Ces deux neurotransmetteurs sont répartis dans l’ensemble du cerveau.

Il existe plusieurs récepteurs au glutamate : les récepteurs kaïnate, les récepteurs  AMPA et bien sûr les récepteurs NMDA.

Voici le récepteur NMDA :

Comme vous pouvez le voir, il s’agit d’un recepteur au glutamate qui lorsqu’il est activé, laisse passer des ions calcium ce qui entraine une dépolarisation du neurone et donc un potentiel d’action.

Ce qui est intéressant avec ce récepteur, c’est qu’il nécessite plusieurs conditions pour laisser passer les ions calciums et par conséquent dépolariser le neurone :

– La fixation d’une molécule de glutamate

– La fixation d’une molécule de glycine, libéré par des neurones spécifiques dont la terminaison axonale se situe a proximité de la synapse glutamatergique

– Une dépolarisation du neurone porteur du récepteur NMDA par fixation de glutamate sur le récepteur AMPA a proximité du récepteur NMDA.

Le fait que ces 3 conditions soient necessaires a l’activation d’un récepteur NMDA a conduit les scientifiques a penser qu’il s’agissait d’une sorte de « détecteur de coincidence », il permet d’amplifier les signaux pertinents et il supprime ceux qu’il ne le sont pas.

On peut faire une analogie avec un appareil permettant d’augmenter le ratio signal/bruit ambiant.

Il existe plusieurs antagonistes des récepteurs NMDA utilisés a des fins récréatives : la kétamine (cf plus haut), le dextromethorphane, la phencyclidine (PCP, Angel Dust).

L’utilisation répétée de dextromethorphane ou de phencyclidine provoque un état que l’on peut décrire comme du désintérêt vis a vis de la réalité, le sujet se déconnectant totalement de l’univers réel pour vivre dans le trip permanent.

Me voyez vous venir?

Les antagonistes NMDA provoquent :

– d’une part des hallucinations, des modifications des processus de pensée avec modifications de la perception du corps          jusqu’a l’impression de dissociation corporelle totale

-d’autre part un usage chronique provoque un désintérêt de la réalité.

L’analogie avec la schizophrénie est frappante. Ces drogues provoquent a la fois les symptomes positifs et négatifs de la schizophrénie.

 

Les hallucinations seraient donc lié a une activation de la boucle méso-limbique dopaminergique, comme dans la théorie dopaminergique de la schizophrénie.

La modification des processus de pensés :  « J’ai l’impression de me retrouver face au secret du monde, mais je n’y comprends rien, son sens me dépasse et m’échappe complètement. » Peut être lié a l’inhibition des boucles interpyramidales au niveau du cortex préfrontal et au fait que comme expliqué précédemment, si on inhibe le recepteur NMDA on diminue le ratio signal/bruit.

Comment peut on expliquer les symptômes observés lors de la prise chronique d’antagonistes NDMA?

La réponse est simple, mais ca sera pour la prochaine fois ^^ (désolé mais Starcraft 2 oblige).

The Warlocks, Moving Mountains

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Classé dans Antagonistes des récepteurs glutamatergiques NMDA